Les nouveaux Studios Art & Éducation du MBAM, ou comment rejoindre le jeune public en une leçon

13 septembre 2012 à 16 h 49
 

Des fresques en noir et blanc, façon « art de la rue », couvrent murs et plafonds et plongent d’emblée le visiteur dans le monde de l’imaginaire. L’œuvre est signée Projet En Masse, un collectif de jeunes artistes montréalais. Au centre de la pièce s’étire un vaste canapé, bois et couleurs vives, une pièce conçue spécifiquement pour l’endroit par Rita et Périphère. À portée de regard, des femmes miniatures – projections vidéographiques – dansent et s’amusent au fond d’un aquarium, une création signée Pierrick Sorin. Parfaitement kitsch.

Nous sommes dans le lounge des familles des Studios Art & Éducation Michel de la Chenelière,  le nouvel espace éducatif du Musée des Beaux-Arts de Montréal, inauguré le 11 septembre dernier.  Un  cas de « Wow Factor », diront certains jeunes. Les studios se déploient sur 1500 mètres carrés (auparavant 900 m2) et comprennent notamment une salle à dîner, une promenade, un espace d’exposition et sept salles d’ateliers.  Le Musée double ainsi sa capacité d’accueil dédiée à l’éducation, avec quelque 100 000 élèves pouvant être accueillis par année, et ce sans compter les programmes offerts directement  aux familles et aux groupes issus de quelque 200 organismes communautaires.

L’espace est aéré, lumineux, et aménagé pour favoriser la convivialité. L’art est omniprésent, y compris dans la signalétique, qui utilise des  flèches de styromousse suspendues au plafond (Paprika). Sculpture ludique en forme de cœur (Cœur dit « Après le déluge », Jim Dine), murale magistrale faite de 3000 toutous (Peluche, Claude Cormier), exposition d’œuvres inédites d’illustrateurs de livres jeunesse (L’art des livres jeunesse, jusqu’au 14 octobre) …  À cent lieux de l’image de l’institution muséale plate et poussiéreuse qu’on entretient encore.  Bienvenue au Musée du 21e siècle, qui a compris le message de ses soit-disant non-publics. Vous avez dit éducation, participation et rapprochement avec la communauté?

En parcourant les lieux, paradoxe s’il en est un, un autre cliché m’est revenu en tête : les jeunes ne lisent plus, passent leur temps devant la télé et désertent nos institutions culturelles… D’une époque à l’autre, l’image dure et perdure. Les jeunes d’hier entonnent  à leur tour la même vieille rengaine à l’oreille des jeunes d’aujourd’hui.  Que jeunesse se passe, et on recommence. La réalité est évidemment beaucoup plus nuancée, mais aussi, et surtout, de plus en plus complexe. C’est ce qui se dégage de notre étude sur la participation culturelle des jeunes à Montréal, réalisée par l’INRS, que nous lançons cet automne.

Oui, les jeunes sont actifs culturellement, mais ils le sont différemment de ceux d’hier. Ils créent, ils consomment, ils fréquentent les lieux culturels, mais pas nécessairement selon nos modes de référence habituels, ceux qui font encore office de normes dans beaucoup de nos institutions culturelles.

Et si on posait la question à l’envers? Si, plutôt que de parler de « non-public », on tablait sur le fait que les jeunes – pas tous, bien sûr, mais beaucoup! – s’intéressent aux arts et à la culture? Si on les percevait comme des participants plutôt que des clients? Cette notion de participation est au cœur du rapport qu’ils entretiennent avec le monde des arts et de la culture. À nous d’en prendre note, d’adapter notre langage et nos façons de faire. À nous de leur faire cette place. Ils n’en demandent pas mieux. C’est le pari que le MBAM est en train de gagner.

 

 

Sources des images : Musée des Beaux-arts de Montréal.

 

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