Une nouvelle murale dans le Sud-Ouest : quand le Brésil s’invite à St-Henri!

21 juin 2013 à 14 h 18
 

C’est une histoire de hasard. Une histoire mêlant le bon moment au bon endroit et le malheur des uns fait le bonheur des autres. Mais c’est avant tout une histoire de rencontres, une histoire d’identité et de fierté locales.

Situons…
St-Henri, quartier dans lequel je réside, ne cessera de me surprendre. Et je ne fait pas allusion au plaisir de se promener le long du Canal Lachine, ni aux mille et une couleurs du marché Atwater. Je parle d’initiatives locales, de citoyens allumés, en référence au bel épisode que je m’apprête à vous raconter…

St-Henri, qui reconnaissons-le est réputé pour ses problèmes récurrents de graffitis, est devenu en quelques jours le lieu d’une nouvelle murale grâce à une poignée d’individus sensibles au sort de ce quartier et au Street Art.
Sur la rue St-Ferdinand à l’angle de la rue Notre-Dame Ouest, Madame Lise Tougas et son voisin ont tenté à plusieurs reprises d’enlever les graffitis sur le mur mitoyen de leurs habitations. Mais rien à faire, été comme hiver, la façade était systématiquement la proie de nouvelles intrusions grossièrement peintes à la « va-vite ». Après de multiples tentatives, et tout en illustrant la volonté d’une devanture propre à l’image du quartier, Mme Tougas a pensé à une solution intemporelle, créative et participative : une murale. Une initiative exemplaire dans le quartier car rares sont les maisons de particuliers arborant ce genre de créations.

C’est en contactant Alejandro Figueroa, directeur des opérations de la Fondation Do Art Montréal, que tout commence. Do Art Foundation, initialement créée à Los Angeles et introduite dans le paysage artistique montréalais l’an passé, a pour mission la promotion des arts et des artistes du domaine public. Même si sa force repose sur la création de murales, Do Art Foundation est également à l’origine d’installations et d’animations visuelles (mappings). Forte de son succès et fidèle à ses lignes directrices, la fondation travaille à la venue d’artistes de grande pointure à Montréal, et au rayonnement d’artistes locaux à l’étranger, leur donnant ainsi l’opportunité de créer des murales en tout genre et d’acquérir expérience et reconnaissance en dehors de leurs pays de résidence.

Parmi ces artistes, Insta Grafite, un duo Brésilien invité à l’occasion du Festival Mural, qui prenait d’assaut le boulevard St-Laurent la semaine passée. Ironie du sort ou destinée toute tracée, Nove Digitalorganico et Arlin Cristiano, retardés par des problèmes de visas, n’ont pu se rendre à temps pour l’événement et se sont retrouvés dépourvus d’espace de création.
C’est donc tout naturellement que M. Figueroa, familier du quartier St-Henri pour avoir réalisé d’autres murales avec l’artiste Galia et réceptif à la demande de Mme Tougas, leur proposa une « toile » à taille humaine et dont le résultat dépassa toutes les attentes.
« Je suis chanceuse dans ma malchance », confie Mme Tougas. « Ce que je voulais en premier lieu, c’était régler le problème de graffitis sur notre mur. Mais à ma grande surprise, en plus de mettre un terme aux tags perpétuels, le projet a eu un impact très positif sur la communauté et a apporté un plus au quartier » explique-t-elle.

Les résidents du quartier ont effectivement accueilli la murale et les artistes d’une manière des plus chaleureuses, certains jouant de la musique pour rythmer leurs coups de pinceaux, d’autres leur offrant le petit-déjeuner, tandis que les jeunes des rues voisines leur apportaient des bières une fois la journée terminée.

« On a assez de bouffe pour ouvrir un restaurant! » s’exclame Alejandro Figueroa, avant de préciser ce qui fait l’originalité du projet et du processus de création : « C’est très intéressant car la murale est très colorée, ce qui rappelle l’esprit de la vie de quartier. La fleur de lys rend hommage au Québec, ce qui en fait une œuvre totalement contextualisée car Do Art exige dans chaque création un lien avec la communauté. C’est une œuvre unique à Montréal, grâce à la technique employée lors de sa création ».
Il ajoute : « C’est la première fois que je vois un tel engagement de la part des citoyens. Ça a touché beaucoup de monde dans le quartier parce qu’en plus d’embellir les lieux, les résidents voient le lien entre ce qui est sur le mur et ce qu’ils sont. Ils voient que les artistes pensent à eux lorsqu’ils peignent leur murale ». « C’est un bel exemple de longévité du Street Art », conclut Figueroa.

Do Art Fundation, qui a joué un rôle de facilitateur notamment dans l’obtention du permis de la Ville, est à l’origine d’une autre murale dans le quartier, sur le chemin de la Côte-St-Paul à l’angle de Notre-Dame Ouest. Il s’agit d’une œuvre commune de Christina Angelina (Los Angeles) et de Finbarr Notte (Royaume-Uni).

À l’heure où je vous écris ceci, ce beau projet est en train de prendre fin. Les deux murales seront terminées cet après-midi pour le plaisir de tous. N’hésitez pas à venir les apprécier!

 

Crédit photo: Lise Tougas

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