Les facteurs de réussite des quartiers culturels – Présentation à l’occasion du Sommet arts et culture autour des Faubourgs

20 novembre 2013 à 15 h 00
 

Sommet arts et culture autour des faubourgs – 20 novembre 2013

Depuis quelques années, Culture Montréal s’intéresse de plus près au développement des quartiers culturels à Montréal, et plus particulièrement sous l’angle de la participation citoyenne. Nous avons documenté cet enjeu, notamment l’impact des arts et de la culture sur les milieux de vie.

Je ne surprendrai personne en disant que les arts et la culture contribuent à la qualité du cadre de vie; mais cet impact va encore plus loin qu’on peut le penser. Les arts et la culture favorisent la sécurité urbaine, de meilleures relations de voisinage, l’entraide et l’engagement, bref, la cohésion sociale.

C’est ce que la littérature nous dit, mais c’est aussi ce que nous avons constaté sur le terrain en participant à différents travaux de comités et événements locaux. En 2012 et 2013, nous avons organisé plus de dix Cafés citoyens un peu partout sur le territoire de l’Île de Montréal, le plus souvent en collaboration avec des organisations locales. Ce que nous ont dit les gens a servi à nourrir notre réflexion et a été intégré à nos recommandations politiques. Ainsi, Culture Montréal demande, entre autres, que de l’argent neuf soit alloué au développement des quartiers culturels, que des sommes soient injectées dans la culture de proximité – la médiation culturelle, les projets hors les murs, les initiatives de concertation locales, par exemple.

Ce que je vais vous dire aujourd’hui provient de ce travail de recherche, de concertation et de mobilisation. En cinq minutes, nous ne prétendrons pas faire le tour de la question… Voici donc quelques idées, quelques-uns des facteurs de réussite des quartiers culturels.

Premier facteur de réussite : la concertation locale intersectorielle

Un grand mot qui signifie simplement travailler ensemble, réunir autour d’une même table les acteurs locaux, non seulement les artistes et les organismes culturels, mais aussi ceux qui sont issus des milieux communautaires et économiques : la table de quartier, la Corporation de développement économique et communautaire (CDEC), la caisse populaire, la Société de développement commercial (SDC).

La concertation intersectorielle, c’est aussi la participation de l’arrondissement, peut-être celle de la société d’histoire locale ou d’un agent de développement de la Commission scolaire. Parce que les quartiers culturels, c’est aussi le cadre de vie, donc l’aménagement urbain, l’art public, le patrimoine… C’est aussi le centre de loisirs, la maison de jeunes ou l’école comme lieux d’apprentissage et de création. La formule de composition change selon les quartiers, mais ce que nous avons pu constater à Culture Montréal, c’est que les projets avancent quand il y a des partenaires de plusieurs secteurs qui unissent leurs forces dans une vision commune de développement des arts et de la culture. Les autres facteurs de réussite découlent souvent cette collaboration.

Deuxième facteur de réussite : ressources et financement

Avoir plusieurs partenaires, c’est pouvoir compter sur plus de ressources, y compris financières. C’est aussi, et surtout, pouvoir mieux mobiliser sur le territoire et dégager un pouvoir d’influence auprès des administrations et des élus. Et donc éventuellement, arriver à obtenir un financement.

C’est ce qui s’est passé dans Rosemont, par exemple. La Table de concertation en culture du quartier a obtenu un financement de l’arrondissement et de la ville-centre ainsi que de la Caisse populaire du quartier pour réaliser son plan d’action. Ce qui a fait la différence : la force de la concertation qui y a été mise en place et qui repose sur une collaboration historique entre les milieux culturel et communautaire sur ce territoire. La Table a vu le jour grâce au soutien – et aux heures de bénévolat – de nombreux acteurs du milieu ainsi que de plusieurs centaines de citoyens qui ont participé à la tenue des trois événements de mobilisation et aux travaux de comités thématiques. C’est un travail de trois ans qui a mené à l’élaboration du plan d’action culturel de Rosemont–La-Petite-Patrie.

Parmi ces acteurs de quartier, il faut en mentionner deux en particulier : la Corporation de développement communautaire (CDC), qui a une grande expertise en concertation et en mobilisation, et la Caisse populaire De Lorimier-Villeray, qui a donné temps et argent à la cause.

Sans cette concertation, ces ressources et un financement de départ, ce travail de mobilisation n’aurait pas eu lieu, et il n’y aurait eu ni plan d’action, ni financement.

Troisième facteur de réussite : la circulation de l’information culturelle

C’est l’un des éléments qui est ressorti clairement des consultations que nous avons menées. Quel que soit le quartier, les gens nous ont parlé de la difficulté à rejoindre les citoyens. Ils souhaitent que l’information culturelle circule mieux à l’intérieur du quartier et de l’arrondissement, mais aussi entre les quartiers, et qu’il y ait un meilleur arrimage entre les quartiers et le centre-ville. Beaucoup d’idées ont émergé de ces discussions : créer une banque de données centrale accessible à tous, installer des bornes interactives à la sortie des métros…

Quatrième facteur de réussite : les infrastructures et, surtout, l’accessibilité aux infrastructures

Dans plusieurs quartiers de Montréal, on constate un déficit en infrastructures. Les équipements sont désuets, ou même carrément absents. Lors de nos Cafés citoyens ou lors d’autres événements de consultation auxquels j’ai assisté, les citoyens évoquent souvent la maison de la culture.  Ils veulent avoir accès à l’art à un prix raisonnable, pas trop loin de chez eux. Mais ils veulent aussi un lieu de rassemblement, un endroit où ils pourront exercer leur art, où ils pourront voir les enfants du quartier présenter leurs créations, où ils pourront prendre un café ou un verre avant un spectacle. Ils veulent une maison de la culture ouverte sur leur communauté.

Dans les quartiers, les artistes réclament aussi leur juste part; ils veulent eux aussi obtenir un meilleur accès à la maison de la culture et aux autres lieux de création et de diffusion. Plusieurs participants à nos Cafés ont d’ailleurs souligné l’importance que l’arrondissement et la Ville reconnaissent l’apport des artistes à la vie de quartier, particulièrement ceux qui sont issus de la relève, des pratiques émergentes et de la diversité, par exemple en soutenant mieux les petites initiatives locales, les projets hors les murs et les événements « ateliers ouverts », pour ne nommer que ceux-là.

Un mot sur les ateliers d’artistes, justement; une problématique connue et reconnue par les administrations et les gouvernements. Les solutions existent : entre autres, la préservation de zones d’emploi et la création d’un fonds de capital-patient pour l’acquisition d’immeubles. À Culture Montréal, nous avons beaucoup travaillé sur cet enjeu… et nous n’avons plus qu’un mot à dire : il est temps de passer à l’action.

Pour terminer, rapidement, quelques mots sur le rôle de l’école dans la communauté comme cinquième facteur de réussite.

C’est un enjeu qui est systématiquement mentionné dans nos événements de consultation. L’école est non seulement un lieu d’apprentissage mais un lieu d’intégration sociale. Elle bâtit des ponts entre les communautés par la transmission du savoir artistique et culturel. Elle forme les participants culturels de demain. L’éducation aux arts et à la culture favorise  la persévérance scolaire, le taux de diplomation, même post-secondaire, le développement de compétences sociales et civiques. Ça se manifeste jusqu’au taux de participation future aux élections. Les arts et la culture forment des citoyens mieux adaptés à notre société du savoir, des citoyens plus créatifs. En un mot, place aux arts et aux artistes à l’école… et dans les quartiers.

 

 

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