CULTURE MODÈLE – Glen Le Mesurier : L’art public XL au coeur du Mile-End

26 juillet 2012 à 14 h 02
 

GLEN LE MESURIER

«Ma galerie et mon musée, c’est la ville. Un jardin de sculptures a besoin d’être à l’extérieur»

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Le studio de Glen LeMesurier est situé entre la rue Van Horne et la voie ferrée du CN. À quelques pas de là se trouve son « Jardin du crépuscule », terrain autrefois abandonné, qui abrite maintenant arbres, plantes et une cinquantaine de ses sculptures, le tout grâce à ses bons soins. À l’origine, Glen y installait ses œuvres la nuit, à l’abri des regards, ce qui lui a inspiré le nom du parc. Les autorités municipales lui reconnaissent une propriété morale sur ce lieu, devenu un incontournable du Mile-End.

 

SUR QUEL(S) PROJET(S) TRAVAILLEZ-VOUS EN CE MOMENT ?

Je possède un atelier plein à craquer d’objets de toutes sortes prêts à être transformés en œuvres d’art. Je sélectionne d’abord avec soin ma matière première dans différents parcs à ferraille de Montréal. Mes œuvres, inspirées de la machinerie navale et ferroviaire, prennent la forme de structures de métal mesurant parfois au-delà de cinq mètres.

Poussé par la nécessité de montrer mes sculptures, j’ai jeté mon dévolu, il y a treize ans, sur ce qui deviendrait plus tard le Jardin du crépuscule. Couvert de rebuts de toutes sortes et contaminé par l’essence de l’ancien garage Irving, le terrain vacant n’augurait rien de l’aspect qu’il a aujourd’hui. Peu à peu, je l’ai nettoyé puis j’ai commencé à y mettre mes sculptures, d’abord en catimini, puis au vu et au su de tous.
 

QU’EST-CE QUI VOUS A INSPIRÉ L’IDÉE DU JARDIN ?

L’art public est le pilier central de ma démarche artistique. Ma galerie et mon musée, c’est la ville. Un jardin de sculptures a besoin d’être à l’extérieur. En ce qui concerne le Jardin, la gratuité du lieu est probablement ce qui m’a d’abord convaincu ! Et comme il est situé tout près de mon atelier, le choix s’est fait presque de lui-même.

 

QUEL EST LE PUBLIC VISÉ ?

Je ne conçois pas mes œuvres en visant un public spécifique. Je le fais plutôt en me basant sur ma vision personnelle, sur ce que j’ai envie de faire en tant qu’artiste.

J’aime toutefois beaucoup partager mes projets avec la communauté. Par exemple, j’accueille régulièrement des groupes scolaires en leur offrant des tours guidés de mon jardin. J’adore parler aux jeunes que je trouve très ouverts et intéressés à mon travail.

 

 

QUELLES SONT LES RETOMBÉES SOCIALES, ÉCONOMIQUES ET/OU ENVIRONNEMENTALES DE PROJETS D’ART PUBLIC COMME CELUI DU JARDIN DU CRÉPUSCULE ?

À l’aide d’un horticulteur, j’ai dressé une liste d’arbres et de plantes qui pourraient assainir le sol du Jardin. Les premières années, il n’y avait presque pas de verdure. Mais avec le temps, ça s’est amélioré. À la période estivale, on y retrouve maintenant du trèfle, des framboisiers, des fleurs sauvages, de la menthe et des arbustes de toutes sortes. Près de la voie ferrée, j’ai installé une ruche afin de favoriser la pollinisation de toute cette végétation.

Les gens du voisinage viennent manger et lire dans le Jardin. Certains l’utilisent pour faire du tai-chi. Parfois, des musiciens m’appellent pour me demander d’utiliser une photo du jardin pour leur pochette d’album! Le Jardin du crépuscule est une oasis pour les citoyens, un lieu d’échange d’idées pour les artistes et un espace de découvertes pour les enfants.

 

QUELLES ONT ÉTÉ LES PRINCIPALES SOURCES DE SOUTIEN À VOTRE PRATIQUE, AU FIL DES ANS ?

Je fais des demandes de subventions aux différents conseils des arts et je n’ai pratiquement rien obtenu depuis 30 ans. C’est pourquoi mes œuvres se retrouvent dans plusieurs arrondissements de Montréal (Rosemont, Verdun, St-Michel, etc.) et en périphérie de l’île dans des maisons et jardins privés. Il m’est nécessaire de vendre mes œuvres et parfois d’accomplir des travaux de rénovation et de restauration afin de subvenir à mes besoins.

Ultimement, je souhaite que mon art soit accessible, ancré dans le sol et dans le temps. Mon exposition « Arcane de mer » dans le Square Cabot, près du métro Atwater, me rapproche de mon rêve, celui que la Ville m’attribue un espace permanent en bonne et due forme.

 

COMMENT, EN TANT QU’ARTISTE, PENSEZ-VOUS CONTRIBUER AU MIEUX-ÊTRE DES COMMUNAUTÉS À L’ÉCHELLE LOCALE ?

Comme je travaille à chaque jour à l’entretien du jardin et à l’ajustement de mes sculptures, je suis connu du voisinage qui s’arrête souvent pour discuter avec moi, certains allant même jusqu’à m’offrir spontanément des dons. D’autres m’abordent dans les cafés du quartier, me félicitant pour ma nouvelle sculpture ou simplement pour me remercier de ma contribution dans le Mile-End. Je crois que mon travail participe au sentiment d’appartenance des citoyens de l’arrondissement, les poussant eux-mêmes à participer à la revitalisation de leur coin de quartier.

 

QUELLE EST LA PERSONNALITÉ DU MILE-END ? COMMENT LE DÉCRIRIEZ-VOUS SUR LE PLAN CULTUREL ?

Au Canada, le Mile-End est un des quartiers où il y a une des plus fortes densités d’artistes. Il y a aussi beaucoup de familles. Depuis quelques temps, j’ai également remarqué un phénomène de gentrification…

 

QU’EST-CE QUI, SELON VOUS, MANQUE DANS LE PAYSAGE CULTUREL DE VOTRE QUARTIER ET, DANS UNE ÉCHELLE PLUS LARGE, À MONTRÉAL ?

Une plus grande ouverture au travail et à la rémunération des artistes.

 

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QUELLES SONT LES TROIS ADRESSES CULTURELLES INCONTOURNABLES DANS VOTRE SECTEUR ?

1. Le Jardin du crépuscule
Rue Van Horne, tout près du viaduc
http://sculpturegarden.wordpress.com/nouveaute-au-jardin-du-crepuscule/

2. Le café Club Social, un incontournable du Mile-End où l’on croise les gens du coin
180, rue Saint-Viateur Ouest

3. Le Dollarama, boutique idéale pour faire des trouvailles inusitées !
5642, Av. Du Parc et un peu partout à Montréal.
+ www.dollarama.com

 

SI VOUS AVIEZ À PRÉSIDER LE FAN CLUB D’UN ARTISTE, GROUPE OU ORGANISME CULTUREL MONTRÉALAIS, QUI CHOISIRIEZ-VOUS ET POURQUOI ?

L’artiste graffiti Omen, parce que tout comme moi, il choisit des endroits dans la ville où il souhaite intervenir, puis à la nuit tombée, il passe à l’action. D’ailleurs, il nous est arrivé à trois reprises de choisir les mêmes lieux! +

 

 

 

Sources des images :
À la une – Fannie Tremblay-Racine
Photos – Rouge Lefevbre

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Commentaires

  1. Voici des images, que j’ai spontanément captées un après-midi du mois de septembre 2009 en me promenant aux Escales Improbables de Montréal, de l’artiste Glen Le Mesurier. Il travaillait sur sa sculpture « poisson jurassique » créée spécifiquement pour l’événement, sous l’invitation de la directrice artistique Sylvie Teste.

    http://vimeo.com/27265951
    http://www.escalesimprobables.com/

  2. Glen LeMesurier était l’un des deux conférenciers invités à l’occasion du Café citoyen organisé par Culture Montréal dans Mercier-Hochelaga-Maisonneuve, le 31 mai dernier.

    http://microculture.ca/2012/07/12/trois-matinees-trois-territoires-les-cafes-citoyens-de-culture-montreal/

    AU-DELÀ DU MILE-END : Avez-vous vu les sculptures de Glen dans le Vieux (Cour Le Royer) et à l’ouest du Centre-ville (Square Cabot)?

    * http://sculpturegarden.wordpress.com/cour-le-royer-collection-memoire-dune-voix-guidee/

    * http://sculpturegarden.wordpress.com/square-cabot-arcane-de-mer/

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