La Boîte à médiation variable du Péristyle Nomade

17 octobre 2013 à 19 h 12
 

Culture Montréal part à la rencontre de plusieurs acteurs montréalais de la médiation culturelle. Cette expression recouvre un vaste ensemble de pratiques allant des actions de développement des publics à l’art participatif et communautaire. Les professionnels rencontrés nous font partager leur conception de la médiation, les motivations qui les animent, et nous parlent de leurs projets les plus marquants.

Troisième d’une série d’entretiens.

 /

LA BOÎTE À MÉDIATION VARIABLE DU PÉRISTYLE NOMADE 

Du 15 au 19 juillet 2013, la Boîte à médiation variable (BMV) a établi ses quartiers au Parc Médéric-Martin, pour ensuite investir le Parc des Faubourgs, du 20 au 24 août 2013 (après un premier atelier qui a eu lieu au Parc des Royaux). Chaque semaine, trois artistes étaient en résidence de création dans ces parcs du quartier Centre-Sud, autour d’un portique mobile matérialisant la Boîte à médiation. Les citoyens étaient invités à les rejoindre lors d’ateliers dirigés et de soupers collectifs.

« Au Péristyle Nomade, nous réalisons des actions artistiques en milieu urbain en incitant les citoyens à participer afin qu’ils se réapproprient cet espace et qu’ils le questionnent. »

 

Le soleil d’août joue à cache-cache dans les branchages du Parc des Royaux. Sur la musique des Beach Boys, une fête de quartier bat son plein sous les arbres, avec ses grillades, ses convives, mais aussi une bonne vingtaine de personnes attablées autour de petits pavés en mousse qui n’ont pourtant pas l’air comestible. Chacune d’elles sculpte et décore son parallélépipède avec des bouts de tissus, des bouts de poèmes, des photos, avant d’y planter fièrement le fanion affichant « Boîte à médiation variable ».
Nous découvrons la rencontre-atelier de « La Boîte citoyenne », orchestrée par Nicolas Rivard et Liliane Audet du Péristyle Nomade, qui inaugure la deuxième édition estivale de la BMV.

 

Atelier « La Boîte citoyenne »

 

Nicolas est artiste et médiateur. Il se charge des présentions pour les participants : « Au Péristyle Nomade, nous réalisons des actions artistiques en milieu urbain en incitant les citoyens à participer afin qu’ils se réapproprient cet espace et qu’ils le questionnent. Nous organisons des événements rassembleurs comme L’écho d’un fleuve, des infiltrations artistiques dans la rue (en souhaitant par exemple des vœux de bonne poursuite aux déchets sauvages – projet À qui mieux mieux de Sonia Martineau en 2008), des parcours artistiques dans la ville qui rendent leur magie aux espaces urbains.

La Boîte à médiation variable est une installation relationnelle qui vise à transformer temporairement le quotidien du quartier et à susciter les échanges avec la communauté. »

Photos à l’appui, il introduit aussi rapidement les notions d’art public et d’art urbain.

Liliane, médiatrice culturelle, précise que la BMV fait partie des Occurrences Estivales 2013 et présente les trois artistes qui seront en résidence dans le Parc des Faubourgs, leur « deuxième maison » pour la semaine : Karine Galarneau  et son projet Patchwork (« piquer la courtepointe collective »), Chloé Poirier Sauvé avec Koan (« créer des portraits intimes »), et enfin Mélissa Simard pour Bouteilles à la mer (« laisser des traces »).

 

Boîte citoyenne

Nicolas a rejoint le Péristyle en 2006 : « Au départ, nous faisions de l’art relationnel sans parler de médiation. Au cours de ces dernières années, la médiation culturelle a connu une explosion de popularité à Montréal. L’arrondissement Ville-Marie, connaissant notre travail, nous a incités à considérer cet axe et à solliciter les aides correspondantes. Nous nous sommes interrogés sur ce que nous allions proposer : il y a tant de façons de faire de la médiation ! Notre conception et notre pratique ont connu trois phases. Il s’est d’abord agi de démystifier la création contemporaine et le rôle de l’artiste dans la société, en incitant les citoyens à mettre la main à la pâte. Puis, de plus en plus, le témoignage des gens a influencé la création et a été intégré dans la production d’œuvres de plus grande envergure. Enfin, depuis deux ans, les citoyens sont conviés à réaliser eux-mêmes une œuvre.

Notre objectif reste de mieux faire connaître la création artistique et l’art actuel à un public non averti, en offrant un accès physique et théorique. Nous voulons aussi  réhabiliter les lieux urbains en perte de beauté. À l’issue de nos actions, beaucoup affirment qu’ils ne verront plus jamais la ville de la même façon ! »

 

Boîte citoyenne

 

Autour de la table maintenant garnie des plats concoctés par l’association citoyenne du Parc des Royaux et par l’Éco-quartier Sainte-Marie, on peut aussi croiser Catherine Lalonde Massecard, l’artiste qui a fondé le Péristyle en 2000.

« L’identité du Péristyle Nomade s’est développée autour du quartier Centre-Sud, pour le bonifier, le rendre plus ludique, pour y ouvrir la discussion par le biais des arts.

En 2006, sous l’influence déterminante de l’aventure de la coopérative du Touski *, le Péristyle est officiellement devenu une compagnie artistique à but non lucratif, prônant l’autogestion et le travail collectif pour la création d’actions artistiques alternatives et interdisciplinaires. Les artistes du Péristyle comme les artistes invités partagent une sensibilité urbaine et sociale.

Nous utilisons la ville comme une plateforme créative, avec le désir de jouer et de nous inspirer de ces variables aléatoires que sont les gens qui passent, les bruits, les voitures…

Des conditions qui diffèrent de l’espace contrôlé des galeries et des salles de spectacle.

Avec les ateliers proposés dans le cadre de la BMV, les participants expérimentent et deviennent artistes amateurs. Le marcheur devient spectateur sans s’en rendre compte. Mais nous avons constaté que la participation pouvait être décevante lorsqu’on ne préparait pas le terrain. Cette année, nous avons recruté Liliane pour coordonner les ateliers et pour construire des liens avec les organismes locaux tels que l’Éco-quartier Sainte-Marie. Nous tenons à garder de l’aléatoire, mais avec des partenariats. »

 

Le fanion de la BMV

 

Chargés des boîtes citoyennes redécorées, nous suivons maintenant Mélissa Simard en performance en direction du Parc des Faubourgs. Une ficelle attachée à sa cheville relie de petites bouteilles de plastique qui rebondissent sur l’asphalte. Elle demande aux personnes croisées d’écrire des messages qu’elle insère dans les bouteilles.

En chemin, Liliane nous en dit plus sur son rôle de médiatrice : « Je travaillais jusqu’à présent pour des musées et pour des écoles sur des projets avec des objectifs précis, pour des publics ciblés. Ici, mon rôle est différent. En amont de la BMV qui dure seulement une semaine, je suis allée à la rencontre des centres sociaux, des centres pour les aînés et pour les jeunes, des organismes pour les jeunes délinquants. Les ateliers se sont précisés peu à peu. Nous avons moins de temps pour une introduction formelle à l’art contemporain, mais les artistes se présentent eux-mêmes. L’atelier créatif a lieu tout de suite et c’est à travers cette action que se fait la médiation. L’approche est plus directe et plus humaine. Ce contact réel avec l’artiste, l’anecdotique, sont très importants pour la future vie de spectateur !

L’objectif est de permettre au public très éclectique qui vient nous rencontrer de découvrir de près la réalité d’une démarche artistique, et de comprendre ce que l’art produit dans la ville lorsqu’il s’intègre dans la vie collective et citoyenne.

Les gens nous confient qu’ils ne pensaient pas que l’art était si accessible ! Ils sont heureux de participer. La BMV met de la vie dans le quartier, elle crée des liens. Je vais devoir me réajuster en retournant vers des structures plus institutionnelles ! »

 

    

Dissémination des boîtes

 

Enfin arrivés au Parc des Faubourgs, nous disséminons les boîtes citoyennes sur les bancs, au creux d’une sculpture, au pied d’un réverbère… Mélissa grimpe sur le rebord de la fontaine et ouvre ses Bouteilles à la mer pour en clamer les messages anonymes, à la manière d’un crieur public : « L’amour, c’est le plus important! », « Aimons la nature! », « La vie est absurde! »…
Il y a aussi un message indéchiffrable en polonais, et celui d’un dénommé Gino : « Bonne chance pour me retrouver! ».

 

 Mélissa Simard lisant les messages de ses Bouteilles à la mer

 

SITE INTERNET / Péristyle nomade


* Le Touski est une coopérative de travail autogérée et un café de quartier situé au 2361 Ontario Est.

En couverture : Liliane Audet, Catherine Lalonde Massecard et Nicolas Rivard lors de la rencontre-atelier de la Boîte citoyenne

(Photos Elise Brocas)


Commentez via Facebook

commentaire(s)

Laisser un commentaire