MICRO PORTRAITS – À la rencontre des libraires de la métropole, quartier par quartier

La librairie Paulines

24 septembre 2015 à 14 h 55
 

La librairie Paulines. D’abord sise sur la rue Notre-Dame puis sur Saint-Denis, la librairie Paulines a déménagé en 2006 sur la rue Masson, dans le quartier Rosemont–La Petite-Patrie. L’histoire de cette librairie fondée par la congrégation des Filles de Saint-Paul est celle d’une intégration réussie dans un nouveau milieu, d’un lieu d’échanges sur des enjeux tant sociaux que culturels. Rencontre avec une femme passionnée, sa directrice depuis 1987, Jeanne Lemire.

Qu’est-ce qui vous a inspiré à devenir libraire ?

J’ai toujours eu un amour pour les livres. On vivait à la campagne. Ma mère était institutrice d’école et elle a toujours encouragé la lecture. Elle nous invitait à lire les journaux qu’on recevait. À Nicolet, il y avait une petite librairie diocésaine. Ma mère nous amenait avec elle et on pouvait choisir un livre. A l’école, elle aimait offrir des livres comme récompenses de fin d’année pour les élèves. J’ai toujours eu des livres en cadeau. J’ai connu la communauté dans laquelle je suis parce que cette communauté, dans le temps, passait dans les familles. Elles offraient des revues et des livres. Et pour moi, tout de suite, cela a eu un attrait spécial. Des sœurs qui impriment des livres et qui les font connaître au public : pour moi, cela a été une révélation.

Est-ce par les livres que vous êtes entrée en communauté ?

Sûrement. La jeune que j’étais a été charmée par ce qu’elle voyait. J’étais fascinée entre autre par les biographies. Cela fait 50 ans que je suis en communauté. Au début, on était sur la rue Notre-Dame, avec 100% de livres religieux. Puis on a déménagé sur la rue St-Denis. On a commencé à avoir d’autres livres. Et finalement, on est venu s’installer sur Masson. Pour moi, c’était une nécessité d’avoir une librairie générale, avec bien sûr de la place pour la spiritualité, la religion et les sciences humaines. Mais il fallait faire un virage. Si on ne le faisait pas, on était destiné à mourir.

En faisant ce virage, en devenant une librairie générale, diriez-vous que vous avez décidé de devenir une librairie de quartier ?

En effet. Si on choisit de s’établir dans un quartier, il faut qu’on réponde aux besoins des gens qu’on va côtoyer. Il faut être en mesure de leur offrir ce qu’ils souhaitent. Si on ne l’a pas, on le commande. On a beaucoup varié. On est passé de 12 000 à 30 000 titres, pour enfants et pour adultes.

Quelle est l’aspect distinctif de votre librairie par rapport à d’autres ?

Je crois sincèrement qu’on est une librairie bien intégrée dans le quartier. On travaille à chaque fois que c’est possible avec les organismes du quartier, qu’ils soient communautaires ou publics. On participe aux grandes activités dans le quartier et on essaie d’être proche de notre clientèle.

Pourquoi avez-vous choisi cette localisation pour votre librairie ?

On devait quitter la rue Saint-Denis et on a cherché où on pouvait s’installer. On nous a avisés que les quartiers de Rosemont et Hochelaga-Maisonneuve pouvaient être porteurs pour une librairie. On a trouvé cet édifice sur la rue Masson, au cœur de Rosemont, avec l’infrastructure nécessaire pour recevoir le poids des livres. Après d’importants aménagements et un grand déménagement, on ouvrait la librairie le 20 juillet 2006.

Quelle est votre clientèle visée ?

C’est la clientèle du quartier, et en priorité, les familles. On a développé des secteurs répondant à leurs besoins. On a la clientèle de la spécialité qui représente près de 40% du chiffre de vente. On a aussi le marché institutionnel, des écoles, des bibliothèques de la ville de Montréal et la bibliothèque nationale. On est un des fournisseurs pour l’île de Montréal. Au Québec, les institutions subventionnées ont l’obligation d’acheter dans trois librairies. C’est la loi 51 qui a été votée en 1985, du temps du ministre Vaugeois.

Y a-t-il d’autres librairies dans votre quartier ?

Il y a la librairie Raffin sur la rue St-Hubert. Sur la rue Masson, il y a le Limasson (qui vend des livres, des objets et de la papeterie) et des librairies de livres usagés, Le Vieux Bouc et l’Association des rameurs sans frontières.

Est-ce que la mission de la librairie est en lien avec la communauté du quartier ?

Je pense que oui. Quand on est arrivé ici, le maire de l’arrondissement était heureux de voir une grande librairie s’installer dans son quartier. Lors de l’inauguration d’une murale en mai dernier, le maire actuel a déclaré: « On a peu de librairies indépendantes au Québec, la vie ne leur est pas toujours facile, c’est important qu’on soit présent auprès de ces librairies-là, que cela fassent partie des endroits où on achète des livres. »

Organisez-vous des activités publiques ?

On a une grande salle où on organise entre 70 et 80 rencontres par année, à raison de 2 ou 3 par semaine. On en fait pour des adultes et pour les enfants comme la lecture de 7 ou 8 contes par année, présentés le samedi.

En mai dernier, on a organisé une soirée avec les auteurs et illustrateurs vivant dans le quartier. Sur les 150 répertoriés, autour de 90 d’entre eux étaient présents. C’était une excellente soirée qui a permis aux gens du quartier et aux auteurs de se rencontrer. Une quarantaine d’enfants ont pu colorier les dessins que les illustrateurs nous avaient apportés. Tout près de 200 personnes sont passées. Au total, dans le courant de l’année, il y a près de 5 000 personnes qui passent dans notre salle.

Comment incitez-vous les membres de votre communauté à fréquenter votre librairie ?

On fait de la publicité, avec des feuillets ou sur le web avec le Mur mitoyen, Facebook. On annonce nos activités également par notre infolettre hebdomadaire.

Quels sont les principaux obstacles à tenir une librairie comme la vôtre ?

Il faut une rue où il y a des passants. Il faut des employés motivés, capable d’assurer une gestion saine et efficace. Le service et l’accueil sont très importants. Notre spécialité, des fois, peut être un obstacle. Des gens pensent qu’on a juste ça en librairie. Parfois, des gens nous disent : « Il y a toutes sortes de choses ici, je n’aurais pas pensé. C’est la première fois que j’entre, c’est beau, j’aime ça. »

Quelles sont, selon vous, les retombées sociales, économiques de votre librairie ?

Au niveau économique, on assure de l’emploi à 14 personnes, en plus d’assurer une présence culturelle.

Qu’est-ce qui vous a poussé à vous impliquer dans votre quartier, auprès de votre communauté ?

Ca fait partie de la mission de la librairie. Tout ce qui touche la formation de la personne, à différents niveaux. Les gens apprécient la proximité de la librairie et aiment venir à nos soirées qui portent sur des sujets sociaux ou culturels.

Comment l’engagement communautaire s’inscrit-il dans votre parcours professionnel ?

Ce qui a été très fort en arrivant ici, c’est l’ouverture des gens de la communauté. C’est un investissement humain, qui peut être difficile parfois, mais qui est très porteur. C’est très constructif.

Quelles ont été les principales sources de soutien (communautaire, financière, etc.) ?

On a eu des chefs de file qui sont venus nous voir. On a pu se rapprocher d’autres bannières culturelles du quartier, comme le Regroupement arts et culture – Rosemont-La Petite-Patrie.

Quel serait l’épicentre culturel de votre quartier ?

Il y a plusieurs pôles culturels dans le quartier. On a la bibliothèque Marc-Favreau, une bibliothèque sur Rosemont, la Maison de culture Rosemont-La Petite-Patrie sur la rue De Lorimier.

Pour vous, quel(s) rôle(s) les arts et la culture peuvent-ils jouer pour le mieux-être des communautés à l’échelle locale ?

Le fait de pouvoir les voir, les toucher, les admirer, cela fait du bien à l’être. Avec le Regroupement arts et culture, on a affiché une belle peinture dans la vitrine, ainsi que dans une quinzaine d’autres endroits sur Masson. Cela a permis à des peintres de se faire connaître. Je trouve ça extraordinaire.

Quel serait pour vous le « quartier culturel » idéal ?

Je trouve que je suis dans un quartier culturel pas mal idéal! Ici, c’est un quartier ouvert, en pleine effervescence. Selon notre créativité, notre goût de réaliser des choses, les possibilités sont là. C’est à nous autres d’y voir. Chaque quartier a sa couleur locale.  C’est à nous de voir comment on va le développer, comment on va le faire vivre, comment les gens vont être heureux.

Librairie Paulines : 2653 rue Masson, Montréal; www.librairies.paulines.qc.ca

 

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