MICRO PORTRAITS – À la rencontre des libraires de la métropole, quartier par quartier

Ulysse, la librairie du voyage

5 novembre 2015 à 18 h 03
 

Heureux qui, comme Ulysse… Ayant pignon sur rue depuis 1980, la librairie du voyage Ulysse est la référence incontournable du voyageur et une des institutions de la rue Saint-Denis. Entrer dans cette librairie, c’est comme pénétrer dans une caverne d’Ali Baba. En plus d’être très colorée, le choix des guides et des cartes qu’elle offre est impressionnant pour ne pas dire étourdissant. Vous cherchez un livre sur la lac Malawi en Afrique de l’Est ? Vous le trouverez dans leurs rayons. Ulysse, c’est la librairie sur la rue Saint-Denis en plein cœur du Plateau, mais c’est également celle sur Président-Kennedy, au centre-ville, et une librairie en ligne. C’est aussi un diffuseur et un éditeur. Rencontre avec la nouvelle directrice des librairies, Camille Hay, et le directeur du marketing et des ventes, Olivier Gougeon.

Camille Hay et Olivier Gougeon

Qu’est-ce qui vous a inspiré à devenir libraire?

Camille Hay (C.H.) : J’ai toujours été une grande lectrice. J’ai fait des études en littérature, complétées d’un DESS en édition. De fil en anguille, j’ai travaillé en librairie, à la coop de l’UQAM puis ici. Ulysse m’intéressait à cause de toutes ses casquettes, celles d’éditeur, de diffuseur et de libraire.

Quelle est la mission de votre librairie, son aspect distinctif par rapport à d’autres librairies?

Olivier Gougeon (O.G.): Ulysse est un commerce de destination. Quand le président Daniel Desjardins l’a fondé en 1980, le but de la librairie était de répondre aux besoins des voyageurs et c’est encore le cas aujourd’hui. Ulysse a d’abord été une librairie, ensuite un importateur et un diffuseur de guides publiés au quatre coins de la planète. Devant l’absence de guides en français sur des destinations fréquentées par les Québécois, Ulysse est devenu éditeur; son premier livre a été un guide sur le Costa Rica.

C.H.: On a 15 000 références accessibles et 9 000 ouvrages en stock. Il y a une extrême diversité de titres pour toutes les destinations. On a aussi des guides de conversation et des cartes géographiques.

Pourquoi avez-vous choisi cette localisation pour votre librairie?

C.H. : Au tout début, Ulysse a été fondé sur Saint-Denis mais plus bas, près de l’UQAM. On a ensuite eu l’occasion de monter plus haut sur la rue Saint-Denis, en plein cœur du Plateau. On a aussi une succursale sur la rue Président-Kennedy, près du métro McGill au centre-ville.

O.G. : Le fait d’être sur une artère commerciale reconnue, on est tributaire de l’achalandage sur la rue, mais on ne vise pas juste là-dessus. De nombreux voyageurs qui nous connaissent en profitent pour s’arrêter ici quand ils passent sur le Plateau, ou encore à la succursale au centre-ville. On a aussi la chance d’avoir une librairie en ligne qui permet de rejoindre les voyageurs partout au Canada, et au-delà!

Quelle est votre clientèle cible?

C.H. : Ce sont les voyageurs, toutes catégories confondues : de celui qui voyage en groupe organisé au jeune qui part en sac à dos, les touristes, les étudiants de l’étranger, etc. On a beaucoup d’ouvrages sur Montréal et le Québec. Le défi est d’aller chercher les Montréalais qui pourraient découvrir leur propre ville ou province.

O.G. : Notre clientèle est majoritairement francophone, mais nous comptons de nombreux fidèles clients qui sont anglophones, sans oublier la clientèle touristique. Notre chiffre d’affaire est réparti sur trois points de vente: 50% provient la librairie sur Saint-Denis, 20% de celle sur Président-Kennedy et 30% du web. Le lien entre eux est très important. Et nous cherchons sans cesse à améliorer l’expérience pour le client. Par exemple, nous offrirons bientôt la possibilité aux  gens qui achètent en ligne de venir chercher leur livre en librairie.

Y a-t-il d’autres librairies dans votre quartier?

C.H. : Il y en a plusieurs. On travaille en complémentarité avec La librairie Michel Fortin qui est spécialisée dans les langues. On a des échanges de clients avec la librairie du Square, Le port de tête et Renaud-Bray. Il y a aussi Millénium qui vend des BD.

O.G. : La proximité des commerces sur Saint-Denis permet au promeneur de visiter plusieurs librairies et procure une belle expérience.

Est-ce que la mission de la librairie est en lien avec la communauté du quartier?

C.H. : Nous avons des liens avec les professeurs et les étudiants de l’ITHQ, on réfère souvent aux clients d’autres commerces distinctifs du quartier. Nous proposons aussi des offres ponctuelles aux usagers de la STM, de Bixi, etc.

O.G. : Le quartier a beaucoup changé. Dans les années 1990, c’étaient des jeunes familles qui voyageaient, des journalistes, des artistes qui vont souvent à l’étranger : beaucoup venaient à la librairie. Le Plateau est devenu plus cher, les gens ont bougé vers Villeray, Rosemont, mais ils reviennent ici en passant. On travaille à aller chercher les nouveaux résidents, sur le Plateau, mais aussi au Centre-ville où il y a eu dernièrement de nombreuses nouvelles tours à logements. On développe aussi une nouvelle clientèle plus anglophone.

Organisez-vous des activités publiques?

C.H. : On n’a pas de programmation mais quand des occasions se présentent, on les saisit. Par exemple, pour les Journées de la culture, l’auteur du Guide du Montréal créatif, Jérôme Delgado, a organisé un parcours dans les rues du quartier sur l’art actuel et est venu à notre librairie. On aime être impliqué dans les activités qui ont lieu sur notre rue.

O.G. : Le quotidien d’un libraire, c’est de la job! L’accueil et le service au client, c’est la priorité, mais en arrière il y a une multitude de tâches : initialiser les titres, les déballer, faire des réceptions, des commandes, placer les livres. Sortir du quotidien pour faire du marketing est exigeant, mais c’est nécessaire. On a la volonté de  créer des animations dans notre espace. Pour une librairie, le rapport humain est sa valeur ajoutée. C’est un lieu vivant.

Quels sont les principaux obstacles à tenir une librairie comme la vôtre?

C.H. : Une librairie de voyage est différente d’une librairie de littérature. Les gens viennent pour la destination qu’ils ont choisie ou à laquelle ils rêvent. Il faut susciter l’envie de revenir, de s’imprimer dans le paysage des gens comme un lieu de ressources pour mieux vivre son voyage.

O.G. : À l’heure d’Internet, le guide de voyage est encore aussi important, sinon plus! Mais il faut le rappeler sans cesse. On a développé une communication sur le sujet : «Les dix raisons d’utiliser un guide de voyage» et on a même donné une conférence à la Bibliothèque du Plateau Mont-Royal sur l’utilité du guide de voyage. Par exemple, en voyage, tu n’as pas toujours accès à Internet et l’information n’est pas triée. Avec un guide, tu as de l’information fiable dans un environnement circonscrit et facile d’accès.

Qu’est-ce qui vous a poussé à vous impliquer dans votre quartier, auprès de votre communauté ?

O.G. : La Société de développement commerciale (SDC) de la rue St-Denis a été constituée il y a quatre ans. On s’est impliqué dès le début parce qu’on considère comme essentiel le fait d’avoir une voix commune et forte auprès des instances municipales. Il y a plusieurs défis à relever. C’est en ayant une cohésion entre les commerces qu’on peut avoir un impact.

Serait-il juste d’affirmer que votre  librairie joue un rôle dans la vitalité culturelle de votre quartier?

C.H.  : Oui, par la rencontre avec la culture et les cultures. Les gens qui voyagent sont en général curieux et ouvert sur le monde. Ca me plait de discuter avec eux. Les libraires, on est des gros consommateurs de culture. On est des passeurs des lieux culturels.

O.G. : On s’inscrit bien avec l’ITHQ, et avec toutes les autres librairies de la rue. Il y a deux théâtres, l’école de ballet, l’école de théâtre, et de nombreux écrivains qui habitent ou ont habité le quartier. C’est donc très riche culturellement.

Quel serait l’épicentre culturel de votre quartier?

C.H. : Pour moi, c’est la Maison de la Culture et la bibliothèque du Plateau. Plutôt qu’un épicentre, il y a plusieurs  jalons culturels, comme Dazibao.

Pour vous, quel(s) rôle(s) les arts et la culture peuvent-ils jouer pour le mieux-être des communautés à l’échelle locale ?

C.H. : L’humain étant un animal social, ce serait d’aller à la rencontre des autres. C’est le partage, l’ouverture. La culture, c’est un carrefour. Ce sont des liens qui se tissent.

Quel serait pour vous le « quartier culturel » idéal ?

C.H. : Il y a des enfants, des jeunes, des vieux. Ce serait une grande diversité de personnes, d’offres et de demandes, aussi bien des initiatives privées que publiques. Surtout un décloisonnement des lieux culturels qui échangent ensemble, au service de la population.

O.G. : L’ouverture, l’accès à un choix varié, le respect aussi.

Comment mieux encourager ou mettre en valeur la « couleur » culturelle de votre quartier?

C.H. : Tisser plus de liens avec les gens qui vivent ici ou qui sont de passage. Aller à leur rencontre.

O.G. : Je parlais d’ouverture mais il ne faut pas oublier le passé d’un endroit. Dans tous les bons guides de voyage, on met de l’avant l’importance d’en connaître un peu sur l’autre et sur le lieu où il habite. Cela passe par l’histoire, par le patrimoine. Ici dans le quartier, il s’agit de mettre de l’avant sa riche histoire, comprendre son évolution. La Société d’histoire du Plateau a réalisé récemment une promenade guidée «Pignons sur la rue Saint-Denis». C’est fascinant. S’il y a du dynamisme sur la rue, les employés qui viennent y travailler sauront curieux d’en savoir plus et pourront transmettre ces informations. Le défi pour les artères commerciales est d’être vivant et engageant.

Ulysse, la librairie du voyage: 4176, rue Saint-Denis, Montréal

560, av. du Président-Kennedy, Montréal;

www.guidesulysse.com

 

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