MICRO PORTRAITS – À la rencontre des libraires de la métropole, quartier par quartier

La librairie Gallimard de Montréal

11 septembre 2015 à 0 h 35
 

La librairie Gallimard de Montréal a ouvert ses portes en 1989, au cœur du boulevard Saint-Laurent, entre la rue Prince-Arthur et l’avenue des Pins. Depuis ses débuts, la librairie est le lieu privilégié de toutes les littératures, autant les œuvres d’auteurs français, québécois que ceux de la littérature mondiale. Rencontre avec sa directrice, Marine Gurnade.

 Qu’est-ce qui vous a inspiré à devenir libraire?

Le goût de la lecture. Le goût de la transmission.

Quelle est la mission de votre librairie, son aspect distinctif par rapport à d’autres librairies?

Une citation du fondateur, Gaston Gallimard, résume bien la mission de la librairie: «Nous concevons une librairie, non à la façon d’un comptoir où l’on débite une marchandise, mais comme un lieu de réunion où toutes les personnes qui s’intéressent aux choses de l’esprit peuvent entrer et circuler librement, converser, nouer des relations, et se tenir exactement au courant de ce qui se passe dans tous les domaines de la pensée.» Cela résume notre volonté et une vision qui m’est très chère car la librairie c’est un commerce, mais aussi un lieu où on échange sur la littérature, sur les idées. Gallimard véhicule une image forte, avec une collection très importante en sciences humaines et sociales. Le rayon jeunesse est aussi important. On est d’abord une librairie de fonds. Notre économie est basée sur 20% de vente, les nouveautés, qui financent 80% provenant du fonds qui tourne plus lentement.

Notre librairie est un lieu intégré dans son quartier, dans sa ville, dans sa politique culturelle. On a de 40 à 60 événements par année. Ici, c’est un quartier mixte, hybride, assez anglophone. À chaque dernier samedi du mois, on a un événement pour les tout-petits et leurs parents. Cela nous permet de rejoindre les familles du quartier. On tient aussi des événements littéraires : lancement, causeries, rencontre avec des critiques. Enfin, on a un club de lecture depuis trois ans, dédié aux premiers romans.

Pourquoi avez-vous choisi cette localisation pour votre librairie?

C’est Rolf Puls qui avait créé Diffusion Gallimard pour l’Amérique du Nord, il y a 42 ans, puis a ouvert une librairie au rez-de-chaussée des bureaux qui sont au-dessus de la librairie. C’était déjà un pari à l’époque mais il croyait beaucoup à la Main : Lieu de brassage, d’émergence, un boulevard qui propose beaucoup de créativité de tout genre.

Quelle est votre clientèle visée?

L’essentiel de notre clientèle est québécoise et montréalaise à 60%. Nous avons aussi des clients aux États-Unis, en Ontario et ailleurs. Le tiers de notre clientèle provient du quartier.

Y a-t-il d’autres librairies dans votre quartier?

Il y a une librairie anglophone sur St-Laurent près de Duluth et l’épicerie espagnole qui vend des livres. Autrement, nous sommes la librairie du quartier.

Est-ce que la mission de la librairie est en lien avec la communauté du quartier?

Oui, car nous sommes en lien avec les initiatives culturelles qui ont lieu dans le quartier. Par exemple, on a des collaborations avec le Festival du nouveau cinéma, avec le théâtre La Chapelle et le théâtre de Quat’Sous.

Comment incitez-vous les membres de votre communauté à fréquenter votre librairie?

Par les rencontres, le programme de fidélité, la distribution du catalogue de choix de l’année, des initiatives pour nous intégrer à la vie de quartier comme la vente de trottoir. Avec l’UNEQ, par exemple, on va faire un parcours du livre pendant les Journées de la Culture avec les jeunes d’une école du quartier pour leur montrer la chaîne du livre.

Quels sont les principaux obstacles à tenir une librairie comme la vôtre?

L’éclatement des pratiques culturelles des gens et des supports de lecture qui entraînent une baisse de fréquentation en librairie. Historiquement, il n’y a pas d’éducation à fréquenter une librairie, contrairement aux bibliothèques. Le rapport avec la clientèle, la proximité du libraire sont très importants. Il faut offrir un accueil suffisamment chaleureux et engageant sans être intimidant. C’est l’enjeu, l’alchimie qu’il faut trouver.

Qu’est-ce qui vous a poussé à vous impliquer dans votre quartier, auprès de votre communauté ?

Plus on s’inscrit dans notre communauté, plus notre clientèle s’accroît et se renouvèle. Par exemple, la Nuit Blanche permet de démocratiser la librairie : 300 personnes sont passées à cette occasion.

Comment l’engagement communautaire s’inscrit-il dans votre parcours professionnel?

Par l’éducation et le savoir; le livre comme vecteur de transmission du savoir. La librairie est un lieu de partage. Comme après les événements de Charlie Hebdo, il y avait plein de monde qui venaient ici pour discuter de liberté d’expression, de culture…Tu peux chercher un essai sur l’islamisme et c’est en librairie que tu peux trouver des réponses.

Quelles ont été les principales sources de soutien (communautaire, financière, familiale, etc.)?

On fait partie du Groupe Gallimard, on est une librairie française basée au Québec. On n’est pas agréé parce qu’on est propriété française. Par conséquent, on n’a pas droit aux subventions. On n’a pas droit non plus au marché public (les écoles du quartier, la Grande Bibliothèque, etc.). Notre enjeu c’est de faire vivre le marché au détail, en allant chercher des institutions hors Québec, francophones, d’immersion pour développer le marché public. 5 à 10% du marché est public. On fait partie d’associations comme l’ALQ (association des libraires du Québec) et on est reconnu par nos pairs comme une librairie à part entière, mais notre statut nous met à part.

Serait-il juste d’affirmer que votre  librairie joue un rôle dans la vitalité culturelle de votre quartier?

Oui car ayant pignon sur rue, il y a juste Ex-Centris et nous.

Pour vous, quel(s) rôle(s) les arts et la culture peuvent-ils jouer pour le mieux-être des communautés à l’échelle locale ?

Cela permet une meilleure intégration, une plus grande tolérance et plus d’ouverture.

Quel serait pour vous le « quartier culturel » idéal ?

Montréal est très riche culturellement. Il y a des initiatives pour développer la vie culturelle mais les gens ne répondent pas toujours. Ce n’est pas une question de gratuité. C’est une question d’éducation à une pratique.

Comment mieux encourager ou mettre en valeur la « couleur » culturelle de votre quartier?

En participant à des événements comme Mural. C’est typique de la rue St-Laurent, ce côté bigarré. Faire des vitrines en lien avec les événements, cela anime la rue. Saint-Laurent renaît tout le temps. Elle a une grande vitalité. Saint-Laurent, le jour et la nuit, c’est la rue de tous les possibles. Pour une librairie qui doit se réinventer tous les jours, c’est très stimulant.

Librairie Gallimard de Montréal : 3700, boul. Saint-Laurent, Montréal; www.gallimardmontreal.com.

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