Container Artist Residency : Comment des artistes ont fait le tour du monde en cargo grâce à un modèle inspirant de liens arts-affaires

10 mars 2017 à 15 h 03
 

Container Artist Residency : Comment des artistes ont fait le tour du monde en cargo grâce à un modèle arts-affaires inspirant

 

De passage à la foire d’art contemporain NADA New York, présentée par le New Art Dealers Association le 4 mars dernier, j’étais venu assister à la conférence Common equities : Corporate models and collaborations, portant sur les liens qui unissent le milieu des arts et celui des affaires. Un projet avait capté mon attention : le Container Artist Residency. L’instigatrice du projet, Maayan Strauss, m’a ravi avec son discours qui confronte certaines hypocrisies du milieu artistique par rapport au milieu des affaires.  Maayan Strauss nous a dévoilé les clés du succès de son approche de collaboration art-affaires où elle a joué un rôle d’intermédiaire entre deux milieux en apparence assez différents. Elle a ainsi pu permettre à 7 artistes d’établir résidence sur des cargos parcourant les routes commerciales maritimes et lancé une série d’expositions dans plusieurs villes mondiales. C’est donc un projet qui a permis de jeter un regard créatif sur l’industrie maritime et de définir des bonnes pratiques pour les artistes qui veulent tisser des liens avec le monde des affaires.

Photo par Maayan Strauss

Photo par Maayan Strauss

Une idée saugrenue devenue un grand projet

L’idée d’occuper un navire qui transporte ses marchandises avait débuté à la blague. L’artiste Maayan Strauss avait épuisé tous ses prêts étudiants, et son compte en banque étant vide, elle cherchait une façon de faire gratuitement le trajet du retour entre Israël et le New Jersey aux États-Unis. En bateau, il fallait compter environ trois semaines de voyage. C’est ainsi qu’elle a commencé à approcher quelques compagnies maritimes afin de leur demander s’il était possible d’accompagner les membres de l’équipage sur l’une des routes commerciales entre les deux pays. Au fil de ses coups de téléphone et de ses courriels, le projet a pris une plus grosse ampleur.

Photo par Revital Cohen et Tuur Van Balen, artistes en résidence

Photo par Revital Cohen et Tuur Van Balen, artistes en résidence

Adopter le langage du milieu des affaires

Afin de convaincre du sérieux de sa démarche, l’artiste a adopté un discours reprenant les lignes directrices de la mission des entreprises qu’elle approchait. Son dossier était structuré de manière à présenter les détails de sa proposition du point de vue de l’entreprise. En plus d’avoir travaillé son curriculum vitae et son portfolio en mettant l’emphase sur ses réalisations ou les lieux et institutions les plus éloquentes avec lesquelles elle avait travaillé, l’artiste confie également à la blague qu’elle a aussi soumis une photo d’elle habillée avec un look « corporate ». L’objectif était d’inspirer confiance chez ses homologues du milieu des affaires.

 

Prendre de temps d’écouter son partenaire pour connaître ses priorités

C’est finalement l’entreprise ZIM Integrated Shipping Services qui a accepté d’accueillir la première édition du Container Artists Residency. Toutefois, Maayan Strauss s’est rapidement aperçue que les retombées bénéfiques en matière de relations publiques liées à l’accueil du projet de résidence d’artiste sur leurs cargos n’étaient pas la priorité de l’entreprise. Plutôt, Zim voyait le projet comme une façon originale de célébrer son 70e anniversaire et souhaitait faire des vernissages prévus dans plusieurs villes une occasion pour rassembler ses clients et ses employés. Le projet a tout de même généré une importante couverture de presse à l’international.

 

Photo par Maayan Strauss

 Photo par Maayan Strauss

 

Le milieu maritime : un environnement de création exceptionnel

Maayan Strauss confie que les artistes vivent une expérience de création hors du commun pendant leur séjour. Le contraste est saisissant entre les espaces confinés sur le bateau et l’immensité de l’océan. L’artiste éprouve un sentiment d’isolement total créé par l’absence d’accès internet et de signal cellulaire. Une symbiose s’opère entre l’artiste et tous les membres de l’équipage et les échanges sont teintés d’humour et d’humanité entre ceux qui « qui parlent en moyenne de manière rudimentaire dans au moins trois langues ». En somme, c’est une expérience physique et communautaire stimulante qui se crée pendant le périple.

 

Photo par Christopher Page, un des artistes en résidence

Photo par Christopher Page, un des artistes en résidence

 

Le commissaire comme médiateur et traducteur entre deux réalités

Loin d’être rangée dans le camp des « puristes » qui préfèrent un contexte de création imperméable à toute influence externe, Maayan Strauss décrit les liens qu’elle entretient avec les artistes et l’entreprise comme étant avant tout une démarche de « traduction ». Elle souligne l’importance de mettre l’emphase sur certains aspects du projet plutôt que d’autres en fonction de l’interlocuteur. Dans un contexte de collaboration, l’artiste confie qu’il n’y a aucune censure. Il y a tout simplement certains éléments « critiques » à considérer dans le montage de ce type de projet qui se déroule dans un environnement avec des normes et des exigences particulières. C’est un échange constant de savoirs, de pratiques et d’expertise qui s’opère entre les parties prenantes. L’artiste-commissaire ajoute également que le projet apporte de la valeur à l’entreprise car il permet aux employés de s’initier à l’art contemporain et qu’il faut s’assurer de valoriser leur implication dans le processus. Maayan Strauss souligne aussi l’importance à accorder à l’expertise de chaque partie prenante et d’attribuer clairement des rôles dès le début du projet. Cela peut notamment permettre d’éviter des querelles inutiles qui sont souvent d’ordre esthétique. Pour illustrer, le design graphique du projet doit être sous la responsabilité du commissaire plutôt qu’aux équipes de communications-marketing de l’entreprise, qui ont souvent des chartes graphiques strictes à respecter.

 

Photo par Maayan Strauss

Photo par Maayan Strauss

 

Quelle entreprise de la chaîne logistique de Montréal souhaiterait accueillir la deuxième édition du projet ?

Maayan Strauss confie être à la recherche d’un nouveau partenaire pour la deuxième édition du Container Artist Residency. Je pense à l’importance que joue la chaîne logistique en transport de marchandises qui gravite autour du port de Montréal et je me demande si l’un de nos fleurons comme CMA CGM, Empire Stevedoring, FEDVAV, Groupe Desgagnés ou Mediterranean Shipping Company, seraient prêts à appuyer l’initiative.

 

Quelle entreprise internationale accueillera la deuxième édition ?

 Quelle entreprise internationale accueillera la deuxième édition ?

 

Quelques comptes Instagram à suivre si vous aimez l’art contemporain et le milieu maritime :

New Art Dealers Association

Container Artists Residency

ZIM Integrated Shipping Services

Le pilote maritime Simon Lebrun sur le fleuve Saint-Laurent

 

Photo de couverture par Erin Diebboll, une des artistes de la première édition du Container Artist Residency.

 

Un croquis de Christopher Page, un des artistes de la première édition du Container Artist Residency

 Un croquis de Christopher Page, un des artistes de la première édition du Container Artist Residency

 

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