Hommage au pianiste d’Outremont :: Ces musiciens qui s’offrent en concert à la ville, sans le savoir

22 juillet 2015 à 23 h 24
 

HOMMAGE AU PIANISTE  D’OUTREMONT 

À propos des interprètes qui jouent pour nous dans la ville…sans le savoir

 

J’ai toujours aimé marcher. Et ce que j’aime le plus durant la saison estivale, pendant mes promenades, c’est d’entendre les sons de musique qui s’échappent des fenêtres ouvertes. J’ai jadis étudié en musique. Aujourd’hui, j’épie les musiciens pendant mes ballades en ville. Je sais, ça détonne d’une pratique courante qui consiste à regarder dans les fenêtres avec l’espoir d’apercevoir une personne toute nue! Ce n’est pas mon style. J’aime mieux tendre l’oreille. Quand je tombe sur un air de musique, je m’arrête instantanément pour l’écouter. Parfois ça dure quelques secondes. Parfois, près d’une demi-heure. C’est l’extase totale. Trouver un bon musicien par le fruit du hasard a quelque chose d’exaltant. J’appelle ça des actes de générosité urbaine pour piétons. Et j’aime particulièrement les pianistes. J’ai étudié le piano il y a longtemps. J’adorais écouter mes amis, qui avaient beaucoup plus de talent que moi, pendant des heures.

 

Une scène du film Shine m’a toujours marquée. Le personnage principal pratique durant la nuit un air de piano du concerto de Rachmaninov. On y voit le pianiste dans son appartement, puis la caméra nous dévoile un campus universitaire, et deux autres musiciens se joignent à la mélodie, chacun de leur propre appartement, fenêtres ouvertes. Ils se répondent entre eux avec leurs instruments. Sublime. Bref, j’aime quand la musique, domestique, devient urbaine.

 

Souvenirs heureux

 

J’aime épier les musiciens à leur insu.

 

En voyage à Boston, dans le quartier Beacon Hill, j’étais resté au moins une demi-heure à écouter un concert qui était donné au troisième étage d’un immeuble. Je crois que c’était un quatuor cette fois-là. Il y a ces moments de hasard merveilleux. On ne peut pas nécessairement les reproduire mais on peut à tout le moins tenter de créer les conditions nécessaires à ces moments de magie.

 

Il y a deux ans, en visite à Outremont, j’ai eu la chance d’entendre la plus belle des mélodies qui venait d’une fenêtre. Dans cette rue résidentielle très calme, les façades faisaient rebondir parfaitement les ondes sonores, l’acoustique de cette rue typique de Montréal, à échelle humaine était ainsi idéale. Et l’interprête! Quel interprête! J’avais bien certainement filmé un petit extrait que j’avais publié ici. C’est resté gravé en mémoire très longtemps ensuite.

 

Comment trouver votre interprète urbain.

 

Je me suis souvent demandé comment tenter de reproduire ces rares moments d’extase.

 

Première option : Circuler autour d’une école de musique semble être la première idée qui pourrait nous venir en tête. C’est après tout là où les musiciens se tiennent en grand nombre. Par contre, une école de musique, c’est vraiment juste une sorte de cage à poule avec plein de cubicules de pratique. De l’extérieur de l’immeuble, on entend quelques fragments de musique, mais tous ces fragments de musique différents donnent un résultat plutôt cacophonique.

Deuxième option : les pianos publics. C’est une véritable révolution depuis quelques années et j’aime ça. On démocratise la musique. Par contre, ce sont des pianos de seconde main. Ils n’ont pas le son raffiné d’un Steinway. Et puis, c’est la plupart du temps un musicien différent qui joue. Ça veut dire que si vous avez le bonheur d’en trouver un qui vous plaît, il se peut fort bien que vous le revoyiez plus jamais. Les pianos publics, c’est juste bon pour vivre quelques belles idylles, quoi. Mais ce n’est pas durable. Sauf si vous allez au chalet du parc du Mont-Royal. Ma mère y joue souvent et elle me raconte tous les beaux témoignages qu’elle reçoit lors de ses prestations. Le piano, voyez-vous c’est une affaire de famille!

Troisième option : le métro. J’aime les pianistes du métro. Mais ils sont la plupart du temps installés en plein milieu des corridors. C’est de la musique de circulation. Pas vraiment approprié de rester flanqué là dans l’ch’min à les regarder. Je suis toujours un peu gêné de le faire et parfois je sens qu’en m’arrêtant pour écouter, faut immédiatement que je sorte mon fric. Même si je n’aime pas ce que j’entends finalement. Tsé, la Sonate à la lune, c’est du déjà vu… Il faudrait envisager un autre répertoire.

 

Vous comprendrez donc que mes critères sont les suivants: 

 

Un piano avec un son de qualité, un bon interprète, toujours au même lieu avec ambiance cozy de bordure de trottoir ou d’escalier si j’ai envie de me poser pour l’entendre. Pas besoin de voir le musicien. Les oreilles suffisent. J’aime aussi être un public anonyme. Comme ça, le musicien se livre entièrement, sans pression. Situation idéale : je mettrais 2$ dans le parcomètre, je déposerais sur l’asphalte ma chaise pliante, et j’aurais bien sûr un livre et un verre de vin en main. Un plan comme ça. Tout simple.

 

Deux ans plus tard, j’ai enfin réussi à identifier le célèbre pianiste d’Outremont.

 

Deux années se sont écoulées depuis la première fois où je l’ai entendu jouer. L’autre jour, de retour sur la rue Hutchison, j’ai été surpris d’entendre à nouveau les notes de son piano résonner. Je lui ai finalement laissé mon numéro dans sa boîte aux lettres. Il m’a téléphoné. Il s’appelle Jean-Michel Blais, joue merveilleusement bien et lancera son premier album en avril 2016. On peut écouter un extrait ici.

Et je suis son public. C’est officiel.

Il m’invitera à son prochain concert.

 

La morale de l’histoire

 

Si vous êtes musicien : De grâce! Ouvrez vos fenêtres! Offrez-vous en concert au voisinage de temps en temps. Peut-être serez-vous épiés par des mélomanes en promenade.

Si vous êtes un mélomane, partez explorer la ville. Elle recèle de musiciens. L’été est une saison propice pour les épier. Et si vous trouvez votre interprète de prédilection, faites-lui signe. Quand on trouve le bonheur, d’habitude, on veut que ça dure, non?

 

À tous ceux qui ont lu cet article, bonne chasse aux musiciens, bon concert et bon été!

 

Et commentez l’article ci-dessous si vous vous offrez parfois en spectacle à la ville. Dites-nous sur quelle rue nous devrions aller nous promener de temps en temps.

 

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