Le Park(ing) Day, « when we’re all urban planners »

11 septembre 2012 à 15 h 13
 

Le vendredi 21 septembre, une multitude d’interventions urbaines spontanées émergeront dans le paysage urbain. Le Park(ing) Day, journée internationale au cours de laquelle tout le monde peut devenir designer urbain, permettra à tous de participer à un grand projet commun et de revendiquer une vision nouvelle d’un espace urbain décomplexé, multifonctionnel, communautaire, stimulant, et avant tout, sans voiture. Après s’être attaqué à la reconversion des zones industrielles, on s’attaque maintenant à la réappropriation de la rue qui est devenue désuète au fur et à mesure qu’elle s’est transformée en un espace monofonctionnel de transit automobile.

 

(photos des éditions précédentes du Park(ing) Day, source)

Cette journée aurait pu passer pour un simple délire d’artistes ou de designers, une journée « pour le fun ». Elle prend toutefois un sens particulier avec l’émergence du tactical urbanism (ou pop-up urbanism), mouvance émanent d’une volonté d’intégrer plus de spontanéité dans la planification urbaine. Malgré une apparente économie des moyens, ces interventions qu’on qualifie de «lighter, quicker, cheaper» ou encore DIY (Do It Yourself) ont un impact réel et ciblé sur l’espace urbain et les communautés. Au Québec, cette tendance s’exprime depuis un certain temps de manière plutôt discrète avec les ruelles vertes, mais des exemples comme le Champ des Possibles, le Pigeon Hall Renewal, le Marché Solidaire Frontenac ou Gilford En Vacances prouvent un désir commun de renouveau qui s’exprime de plus en plus ouvertement.

Gilford En Vacances, Montréal 2012

 

Ainsi, ces actions revendicatrices d’un espace urbain nouveau ne restent plus dans l’anonymat et ont réellement un impact sur la manière dont les villes du XXIe siècle se façonnent. Loin des théories, l’expérimentation participe aujourd’hui pleinement au dynamisme et au renouvellement des villes. L’action spontanée est devenue une composante à part entière des outils de planification et est accessible à tous, municipalités comme citoyens (ici, une action de l’administration Bloomberg, ici, une action d’un groupe de hipsters de Seattle).

Park(ing), par Rebar, San Francisco, 2005

 

Pour se convaincre de l’apport durable de l’expérimentation, il suffit de regarder l’histoire du Park(ing) Day. Le mouvement a débuté en 2005 avec Rebar, un groupe d’artistes de San Francisco, qui installèrent du gazon, un arbre, un banc et une clôture à la place d’un stationnement en réponse au constat suivant :

« more than 70% of San Francisco’s downtown outdoor space is dedicated to the private vehicle, while only a fraction of that space is allocated to the public realm. » (source)

En réaction à ce mouvement s’amplifiant à chaque année, la ville de San Francisco inaugura en 2010 le premier parklet, mini-parc remplaçant de manière permanente des places de stationnement sur rue. Si cette nouvelle typologie d’espace public s’apparente au départ beaucoup aux terrasses de restaurants sur rues, elle s’émancipe maintenant de plus en plus dans de nouvelles formes plus créatives ; la différence majeure étant que ces espaces sont publics et ne relèvent pas d’un commerce ou d’une propriété privée. Il est donc désormais possible de s’y installer sans obligation de consommer, ou encore d’emporter sa glacière et des amis et de pique-niquer en pleine rue, tout en restant là autant de temps que voulu.

Parklet à San Francisco, 2011, photo ADUQ

 

Parklet à Vancouver, 2012, source

Aujourd’hui, le parklet prolifère partout en Amérique du Nord, de Chicago à Vancouver en passant par Portland. Au-delà de cet heureux accomplissement permanent, le Park(ing) Day reste en perpétuelle recherche de nouvelles manières d’occuper l’espace urbain.

Au Québec, la démonstration qu’il est possible de redonner de l’espace public dans nos rues reste encore à faire. Les projets de la rue Sainte-Catherine Est ou de encore Giflord En Vacances expriment bien l’évolution des pensées. Toutefois, la possibilité que la rue, sans être entièrement piétonnisée ou remplie de terrasses de bars, puisse redevenir un espace public multifonctionnel et animé n’est pas encore ancrée dans les mentalités.

C’est dans cette perspective que le CRE Montréal (Conseil Régional de l’Environnement), qui coordonnera cette année le Park(ing) Day à Montréal, s’est donné pour mission de publier un recueil d’images et de textes faisant suites aux réalisations montréalaises de l’édition 2012. Cette publication sera présentée aux instances politiques dans le but de leur démontrer la valeur insoupçonnée des espaces de stationnement et le véritable potentiel de notre espace urbain. Il est d’ailleurs possible de prendre part à cette initiative en s’inscrivant sur leur site, afin que votre projet soit répertorié sur leur carte interactive.

Au delà de l’exemple des parklets, c’est tout l’espace présentement dévoué au stationnement qui est amené à être reconfiguré. Ce qu’on y décèle, c’est l’émergence d’un nouveau type d’espace public typiquement nord-américain, adapté à nos rues souvent très larges ainsi qu’au manque de réelles places publiques. On y voit l’émergence d’une densification et d’une diversification des usages de la rue.

« The parklet shows the potential to use parking spaces to accomodate far more street users than the two cars that the space would have otherwise been used for. » (source)

Pour le Park(ing) Day 2012, imaginons les stationnements comme des lots vacants et de réels projets potentiels. À l’image du « what would you like to see built here », que voudriez-vous voir à la place de tel ou tel stationnement ? Un foodtruck, un parklet, une bibliothèque roulante, une œuvre d’art, un cinéma de coin de rue, une pop-up boutique dans un container, un potager, un marché de fruits, une brasserie mobile, une aire de jeu, un trottoir plus large, … ? À vous d’inventer votre propre espace le 21 septembre prochain !

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commentaire(s)

Commentaire

  1. C’est fantastique! J’ai aussi des idées d’interventions pour le quartier Hochelaga-Maisonneuve, en lien avec En ville sans ma voiture et le TranspoCamp2012.
    Toutefois, j’ai quelques interrogations, pour ne pas dire doutes (ou peurs?) sur l’organisation de tels événements planifiés/spontanés, leur légalité, etc.
    Peur, peut-être, de la réaction des citoyens médusés aussi. Peur du ridicule…
    Bref, j’aimerais restée en contact avec d’autres organisateurs d’interventions locales et hyperlocales.
    AG

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