PAPIER 15 : L’AMBITION MONTRÉALAISE EN ART CONTEMPORAIN AU NORD DU 49e PARALLÈLE

24 avril 2015 à 20 h 11
 

PAPIER 15 : L’AMBITION MONTRÉALAISE EN ART CONTEMPORAIN AU NORD DU 49e PARALLÈLE

 

18h30. 5445 de Gaspé. Une artiste en art visuel tape du pied dans le lobby, l’air excédée par l’attente. C’est que l’ascenseur de l’immeuble est monopolisé par la horde de visiteurs impromptus de la 8e édition de la Foire d’art contemporain Papier, rassemblés au 9e, 10e et 11e étages. L’artiste me quitte en chemin pour rejoindre la quiétude de son atelier situé un peu plus bas. L’idée me traverse l’esprit que, bien qu’elle semble contrariée par la tenue de l’événement, il y a présentement dans un rayon de moins de 100 mètres 500 personnes rassemblées à l’inauguration qui seraient potentiellement susceptibles de payer son prochain loyer par l’achat d’une de ses œuvres. « Tu as du talent. Maintenant pense à sa mise en marché, ma chum », me dis-je en lui souriant de façon empathique. Après tout, si nous avons tellement milité pour la pérennisation des ateliers d’artistes, la question de leur cohabitation avec les lieux de diffusion et le soutien accordé à ceux qui contribuent à la mise en marché de l’art est tout aussi importante. Non? À première vue, l’idée de déménager cette année la Foire Papier au Complexe de Gaspé, dans le quartier qui accueille la plus grande concentration d’artistes au pays était géniale. Le visiteur peut donc jeter un regard sur l’ensemble du processus.

 

Montréal est un marché de créateurs, c’est incontestable. Pourtant, face aux autres grandes métropoles, les collectionneurs d’art se font parfois rares à l’échelle locale.

 

Près de 500 personnes rassemblées au lancement de Papier 15

Près de 500 personnes rassemblées au lancement de Papier 15

MONTRÉAL PEUT-ELLE S’INSCRIRE DANS LE CIRCUIT DES FOIRES D’ART CONTEMPORAIN EN AMÉRIQUE DU NORD?

 

C’est la question que je me posais depuis quelques temps. Voilà deux ans que je passe la première semaine du mois de mars en compagnie de voyagesmtl à la découverte du Art week à New York. La semaine est marquée par sa foire principale, le Armory Show, autour de laquelle gravitent de nombreuses foires plus petites mais oh combien sympatiques comme Volta. Je passe des journées complètes à arpenter les entrepôts immenses situés sur les quais du port de Manhattan. Les œuvres se vendent à fort prix et les bulles coûtent 20$ le verre. Les galeries de partout s’y donnent rendez-vous. Ce que j’aime de ces foires, c’est que j’y vois des œuvres présentées telles quelles, dénuées de tout commissariat muséal, laissant ainsi libre cours à mon imagination afin de choisir l’endroit où je souhaiterais la mettre en valeur. Un détail m’avait cependant surpris au Armory show cette année: je n’ai vu qu’un seul artiste Montréalais, Andrea Sala. À une foire satellite, la galerie Trois Points représentait humblement le talent d’ici. Bref, mettons que, comme Montréalais, je n’avais pas vraiment matière à claironner ma fierté citoyenne. Bon, je l’ai fait un peu, quand même, ici. ;)

 

Durant toute la soirée de lancement de Papier, j’ai répété mon leitmotiv à tous ceux qui portaient de chics habits avec qui j’échangeais en mangeant des petits fours: « C’est la première fois qu’à Papier, je me sens comme au Art Week. Le lieu, les vues, l’échelle, le nombre de kiosques et de participants. Ma foi, notre foire a pris une telle envergure! C’est positif pour Montréal. Nous faisons enfin partie du circuit! ». Comme réponse, j’ai eu des hochements de tête polis, des sourires timides accompagnés de petits yeux roulants, un étouffement peut-être. C’est que, presque personne dans l’assistance n’y était allé, aux foires de New York. Pas même Karine Vanasse. Je lui ai demandé.

 

Ce que cette relative ignorance démontre, c’est que le marché d’acheteurs montréalais est assez replié sur lui-même. Grâce aux efforts de l’AGAC (l’Association des galeries d’art contemporain), il se développe année après année et plus encore : il se fidélise. J’ai reconnu plusieurs têtes du milieu des affaires que j’avais également aperçues au lancement l’an dernier. Pour cette 8e édition cependant, il y a une volonté manifeste d’aller plus loin : l’afflux supplémentaire de nouveaux visiteurs du ROC et de l’international invités par l’AGAC, la représentation accrue des galeries situées dans les autres provinces canadiennes et le partenariat conclu avec une ligne aérienne visent à enrichir le public de Papier. Chapeau!

 

Deux galeristes sympathiques à papier 15

Juno Youn, fondateur et directeur de la galerie Youn, accompagné d’Antoine Ertaskiran, de la galerie Antoine Ertaskiran. Les œuvres présentées dans leurs kiosques sont parmi mes préférées de la soirée!
Photo © Matthew Perrin
Visitez son site: matthewperrin.photos

EN ROUTE VERS PAPIER 16

Avec sa quarantaine de kiosques, Papier 15 ne rivalise peut-être pas avec les 200 galeristes en provenance de 28 pays que regroupe le Armory Show, mais l’évolution de l’événement est très intéressante en soi et je souhaite ardemment que la foire prenne de l’ampleur. Avec ses trois étages d’exposition et la mise en espace brillamment conçue par l’architecte Sylvain Bilodeau, Papier 15 a su m’émerveiller beaucoup plus qu’avec son traditionnel chapiteau. La rumeur circule à l’effet que Papier 15 reviendrait au Quartier des spectacles sur l’îlot Clark l’an prochain. Bien honnêtement, je ne m’ennuie pas du tout de cet horrible chapiteau qui donnait à notre foire montréalaise des airs de marché-de-l’art-de-seconde-zone. Visons mieux si nous voulons quelque chose de plus relevé pour notre métropole culturelle. (Par contre, je n’ai pas encore vu les plans…je leur laisserai donc le bénéfice du doute pour l’instant.)

Un enjeu pour les galeries : attirer les jeunes hors des musées

Un enjeu pour les galeries : attirer les jeunes hors des musées
Photo © Matthew Perrin
Visitez son site: matthewperrin.photos

PIS, LES JEUNES PHILANTHROPES?

Je conclurai cet article avec un vibrant appel aux jeunes philanthropes. Il paraît que c’est rendu la mode dans les institutions culturelles d’en avoir. Moi je vous le dit : vous n’étiez pas assez nombreux au lancement de Papier 15. Ok? On peut bien s’aimer beaucoup nous-mêmes comme génération Y, continuer à boire des drinks aromatisés au lychee habillés en ginos et en pitounes au Musée des Beaux-Arts et surveiller la galerie de photos du Nightlife Magazine le lendemain avec enthousiasme, c’est en participant à des foires d’art contemporain que l’on entre directement avec le travail des artistes et que l’on engage une relation durable avec l’art contemporain. En plus, les galeristes sont des gens extrêmement intéressants à côtoyer. Ils connaissent tellement d’anecdotes croustillantes sur les œuvres et leur contexte de création! Et contrairement au Armory Show, Papier 15 offre des œuvres à prix très abordable. Donc, allez y faire un tour cette fin de semaine! Prenez-vous en selfie avec le mot-clic #papier15. Ce sera déjà un bon début de participation! :)

Bref, longue vie à Papier 15!

 

p.s. La durée d’une année,  en art contemporain, c’est aussi 365 jours. La foire Papier c’est bien. Mais je crois que nous devons aussi consentir les efforts (et les fonds) nécessaires pour accompagner les galeries membres de l’AGAC qui souhaitent exposer dans les autres foires d’art contemporain en Amérique du Nord. Si nous soutenons déjà l’exportation pour d’autres types d’entreprises créatives, nous devrions le faire aussi pour les galeristes. Peut-être que des programmes existent déjà. Peut-être que non. En fait, je ne le sais pas. Mais si vous êtes galeriste, sachez que vous avez tout mon soutien et mon affection.

 

Pour lire les gazouillis de Karine Vanasse, excellente porte-parole de Papier 15, c’est ici.

Pour visiter les foires d’art contemporain nord-américaines, je vous recommande voyagesmtl.

Pour visiter Papier 15, c’est ici.

Pour vous renseigner sur les autres activités de l’AGAC, c’est ici.

Et je recommande aussi de Suivre le blog un show de mot’arts par Éloi Desjardins. Je vous assure, il est beaucoup plus connaisseur et pertinent que moi en matière d’art contemporain.

Pour découvrir l’incroyable talent du photographe Matthew Perrin dont les photos accompagnent cet article, c’est ici.

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