« Voisins » : Portraits saisissants du « Petit Beyrouth », un village dans la ville que vous ne connaissiez pas avant aujourd’hui

25 avril 2015 à 16 h 11
 

« VOISINS » : PORTRAIT SAISISSANT DU « PETIT BEYROUTH », UN VILLAGE DANS LA VILLE QUE VOUS NE CONNAISSIEZ PAS AVANT AUJOURD’HUI

 

Il y a de ces quartiers Montréalais où les journalistes et les chroniqueurs bien-pensants des salles de rédaction du centre-ville ne mettront jamais les pieds (surtout car une demie-heure de déplacement en métro = trop éloigné pour le chef des nouvelles). Et pourtant, il y a tellement de belles choses qui s’y font, dans l’anonymat. Tant de récits et de projets à découvrir.

 

Je suis Laurentien de naissance. C’est à Ville Saint-Laurent où j’ai grandi durant toute mon enfance, tout en cultivant une belle relation avec le reste de Montréal (me mère et moi étions déjà du type très sorteux!) Mais ce n’est que récemment où j’ai compris que malgré que mon attachement était très fort pour Saint-Laurent et qu’il s’y faisait beaucoup d’initiatives inspirantes sur le plan urbain et culturel, mes concitoyens et moi étions quelque peu boudés par les grands médias.

 

Heureusement, le vide créé par le choix des salles de rédaction traditionnelles se remplit par (début de l’autopromotion) des blogues comme Micro-Culture  qui supportent des initiatives qui nous dévoilent autrement la face cachée de Montréal. (fin de l’autopromotion) Je m’étais juré d’écrire sur Saint-Laurent en débutant ma participation à ce blogue et j’ai enfin trouvé un cas de prédilection pour l’un de mes quartiers chouchous de la métropole. Mais tout d’abord, je vous invite à découvrir le quartier.

 

CHAMERAN : UN VILLAGE DIVERSIFIÉ DANS LA VILLE

 

Le quartier Chameran est situé dans l'arrondissement de Saint-Laurent

Le quartier Chameran est situé dans l’arrondissement de Saint-Laurent
Crédit photo : Picbois Productions

 

Situé entre voie ferrée du CN empruntée par les trains de blanlieue et l’autoroute 15, au nord du boulevard Côte-Vertu, le quartier Chameran est très bien connu des Laurentiens. Beaucoup moins des résidents du Plateau-Mont-Royal! Développé entre les années 1950 et 1970 selon l’approche « ville radieuse » fonctionnaliste, le quartier compte une ceinture de tours d’habitation à l’allure brutaliste, un cœur résidentiel formé de duplex jumelés et de quadruplex et à titre de poumon vert le parc de quartier Painter au centre.

 

Chameran est un village dans la ville. Sa densité de population est de 17 993 habitants / km2, soit cinq fois plus élevée que celle de Montréal. En comparaison c’est l’équivalent de la densité de la ville de Séoul, en Corée du Sud. Effectivement, on est loin de l’échelle typique des quartiers centraux de Montréal marquée par le logement ouvrier d’antan. Et c’est cet amalgame de formes urbaines et architecturales modernes qui font du quartier un endroit si unique à Montréal au plan de son organisation spatiale. Mais ce n’est pas tout!

 

À ce cadre urbain inusité, une population tout aussi particulière se greffe : celle que j’appelle affectueusement les « vrais Montréalais de 2015 ». Ceux qui, en quelque sorte, composent le nouveau visage de la métropole. En effet, depuis les années 1970-1980, profil socio démographique du quartier Chameran s’est diversifié grâce aux nombreuses vagues d’immigration. Aujourd’hui on y trouve principalement une population arabophone d’origine libanaise, ce qui doit à ce quartier le surnom de « petit Beyrouth ». Vous les cherchez les familles montréalaises, celles que l’on tente désespérément de retenir sur l’île par nos politiques en habitation? Le quartier Chameran en regorge à satiété. L’école locale ne suffit même pas à la demande! De plus, le quartier compte une population particulièrement jeune : 36% de la population de Chameran est âgée de moins de 25 ans.

Le quartier Chameran éblouit par ses formes urbaines et architecturales singulières

Le quartier Chameran éblouit par ses formes urbaines et architecturales singulières
Source: PicBois Productions

QUAND LES CRÉATIFS SE JOIGNENT À UNE COMMUNAUTÉ MOBILISÉE DANS LE CADRE D’UNE DÉMARCHE DE REVITALISATION URBAINE, CULTURELLE ET SOCIALE

 

Le quartier Chameran change et fait face aujourd’hui à de grands défis. Une démarche de revitalisation urbaine intégrée (RUI) a été lancée et pendant les dix prochaines années, les forces vives du quartier s’unissent afin d’améliorer la qualité de vie des résidents. Ce qui frappe en premier dans la démarche préconisée pour Chameran, c’est la présence prépondérante de la culture dans le processus de revitalisation. Et j’aime ça.

 

Au delà des interventions sur le paysage physique, comment la culture peut elle participer à la revitalisation d'un quartier?

Au delà des interventions sur le paysage physique, comment la culture peut elle participer à la revitalisation d’un quartier? Crédit photo : Picbois Production

 

Lorsque j’avais appris l’annonce de la création de la RUI, une idée m’était venue en tête. J’ai toujours été impressionné par le panorama qu’offrent ces grandes tours d’habitation lorsque l’on emprunte l’autoroute 15 vers Montréal. J’ai rêvé qu’on peigne sur les murs aveugles hauts d’une dizaine d’étages des murales afin de les inscrire plus positivement dans le paysage métropolitain. Les enjeux sont ailleurs, m’avait-on répondu. En effet, les organismes communautaires et la Ville de Montréal s’orientent davantage vers une démarche qui puisse aider à trouver des solutions plus structurantes, d’ordre socio-économique et au chapitre de l’habitation. Et en matière d’amélioration du cadre de vie urbain, quelle est donc la place pour la culture dans ce quartier? J’étais resté pantois, jusqu’à aujourd’hui. J’ai enfin compris que parfois, plutôt que de préconiser les grands gestes, la médiation culturelle est le meilleur outil. Et que dans l’approche préconisée dans le cadre d’une RUI, la culture fait davantage partie d’un processus plutôt que d’un projet physique.

 

« HUMANS OF CHAMERAN »

 

Le 11 novembre 2014 avait lieu le lancement du web-documentaire « Voisins », à l’issue de d’une démarche de près d’un an et demi en deux volets, de même que de la première résidence d’artiste de l’arrondissement de Saint-Laurent. Oui oui, une résidence d’artiste! La lauréate, Catherine Proulx a réalisé un atelier vidéo  avec les jeunes du quartier. Le résultat est merveilleux. Elle a réalisé ces portraits touchants que je vous invite à visionner :

 

Les enfants occupent une grande place dans la démarche de la RUI. Catherine Proulx a réalisé un atelier vidéo avec eux à l’été 2014. Ils agissent ainsi à titre de véritable citoyens experts.

Les enfants occupent une grande place dans la démarche de la RUI. Catherine Proulx a réalisé un atelier vidéo avec eux à l'été 2014


Crédit photo : PicBois Productions

 

« Voisins » se démarque des autres projets du même type par son regard résolument axé sur le citoyen. On plonge dans le quotidien des habitants. On nous invite à découvrir leur vécu. Ils nous racontent l’histoire de leur arrivée au Canada, mais aussi des anecdotes sur Montréal et leur quartier d’adoption.

 

Cette démarche centrée sur l’humain n’est pas nouvelle. Plusieurs d’entre nous ont été fascinés par le projet « Humans of New York » qui a connu un succès sur les médias sociaux, notamment. Les candidats présentés dans la version montréalaise du projet habitent cependant pour la plupart  les quartiers centraux de Montréal. Avec « Voisins » cette fois, c’est au cœur d’un quartier densément peuplé de la périphérie qu’on nous dévoile les récits de ses habitants, pour la plupart issus de l’immigration. Une toute autre réalité que celle du hypster tatoué avec une barbe ou de l’itinérant de la station de métro Berri-UQAM s’offre ainsi à nous. Et c’est vraiment rafraichissant.

 

Il y a Kader, qui nous relate avec fierté comment il a réussi à intégrer le marché professionnel, qui nous montre son nouveau certificat d’enseignant 100% autorisé par le MELS avec les larmes aux yeux, sans compter Maya, une mère de famille qui nous raconte comment elle élève ses jeunes enfants. Il y a aussi Raymond et Françoise, québécois pure-laine qui poursuivent la tradition qui a débuté en 1969 de tenir des messes dans le gymnase de l’école primaire Henri-Beaulieu, maintenant au cœur d’un quartier multi-confessionnel. Ce qui ressort de ce documentaire : Dans le « petit Beyrouth », les gens se côtoient et se connaissent. Ils s’entraident. Ils vivent à tant à l’échelle internationale, celle des nouveaux échanges et des migrations, que celle de leur nouvelle ville d’adoption, marquée par les nombreux défis quotidiens.

 

Voisins présente le récit touchant de 4 résidents du quartier Chameran

Voisins présente le récit touchant de 4 résidents du quartier Chameran
Crédit photo : PicBois Productions

 

UN APPEL À L’ACTION

En somme, j’espère que vous avez apprécié la découverte de ce nouveau quartier fort sympathique. Si vous êtes un créatif, je vous encourage également à explorer toute la ville et à offrir vos services aux organismes du milieu qui travaillent de concert avec les citoyens. La culture représente pour plusieurs d’entre eux un merveilleux outil de transformation sociale. N’hésitez pas à commenter cet article si vous avez réalisé des projets similaires à Montréal.

ps. Mention d’honneur à l’arrondissement de Saint-Laurent pour cette première résidence d’artiste. On en veut plusieurs autres. Ok?

 

Espérons que des bonnes idées comme celle-ci feront du chemin!

Espérons que des bonnes idées comme celle-ci feront du chemin!
Crédit photo : Picbois productions

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